article précédent| Accueil | article suivant

Blog de Rachel

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Claustrophobie - Juin 1990

Encore un de 1990.
Je devais être à l'époque dans une période un peu "noire"

Dur en fait de reprendre des écrits passés, de les ressaisir ... et de les partager !

En voilà donc un de plus.

Les photos sont issues d'un voyage du côté d'Angers (juin 2006). C'était tellement beau ces fleurs à l'infini. Un peu de "soleil" dans cette "noirceur"

Champs de fleursRien ne semblait pouvoir déchirer le silence de la nuit. Assise dans mon lit, réveillée en sursaut, j’entendais battre mon cœur à en déchirer la poitrine. Haletante, j’attendais d’avoir suffisamment repris mon souffle avant de sortir au grand air. Malgré le gel de janvier, j’ouvris la porte-fenêtre de ma chambre en grand et sortie sur la terrasse. Enfermée, j’avais la sensation d’étouffer. Je m’adossais au mur et respirais l’air et l’espace. Le médecin m’avait prescris des calmants mais mon état s’étant amélioré ces derniers temps, je n’avais pas pris la peine de renouveler mon ordonnance. Ce soir, je m’en mordais les doigts. Au bout de quelques minutes, alors que l’air glacé avait envahi ma chambre, je me rendormis, apaisée. Mes rêves furent comme d’habitude liés aux notions de grandeurs, d’espace et d’infini.

Ce matin là, je décidais de passer par le parc pour me rendre à mon travail. L’entreprise qui m’avait embauchée avait consenti à me donner un grand bureau. J’avais trop besoin d’espace ! Dans le parc, malgré l’hiver, tout chantait la joie et la liberté. Le ciel était si bleu que j’avais envie de m’y noyer. Les arbres nus, cadavériques se dressaient au bord des allées comme pour nous effrayer. Mais je les connaissais, derrière leur apparence froide et glacée existait une vie chaleureuse et gaie. Je les aimais aussi bien nu et gris l’hiver que vert et bruissant au printemps ou encore rouge et flamboyant en automne.

Arrivée devant l’immeuble, je sentais déjà mon travail m’envahir. J’aimais ce que je faisais et pour rien au monde je ne voudrais y changer quoique ce soit. L’escalier étant interdit pour cause de travaux, je du prendre l’ascenseur. Depuis trois jours, je subissais les 5mn28 de montée et jusque là tout s’était bien passé. Alors que j’attendais la cage d’ascenseur, je repensais à cette nuit. Et c’est avec une certaine appréhension que je pénétrais dans l’espace clos. J’étais seule. Les autres n’étaient pas encore arrivés. Anxieuse, nerveuse, j’attendais d’être arrivée au cinquième étage quand l’ascenseur s’immobilisa.

J’appuyais sur le bouton d’appel, en vain. J’essayais de maîtriser la panique qui montait en moi. J’appuyais sur tous les boutons, les uns après les autres. Rien. Je me mis à taper sur la porte en criant au secours. Toujours rien.

Je sentis l’air se raréfier, la température monter. Je savais que c’était psychologique. Ne pouvant rien faire de plus que de m’efforcer au calme, je m’assis dans un coin de la cabine et attendis. J’en profitais pour réfléchir une dernière fois aux différents points que je devais traiter avec le grand patron.

Je sursautais. La cabine avait eu un soubresaut et la lumière s’éteignit. Seule la petite veilleuse rouge luisait encore dans un coin, en haut. Tout en haut. Assise à même le sol, je commençais à me sentir mal. Je sentais le sol se dérober sous moi. Ma tête était comme encerclée par un turban de métal. J’entendais comme un moteur d’avion vrombir à côté de moi.

Champs de fleursJe voulais me lever, marcher, bouger dans tous les sens. Mais je restais immobile, pétrifiée.

Soudain, je sentis, enfin, la cabine vibrer puis descendre. J’allais être enfin délivrée. Quand la cabine s’immobilisa, la porte s’ouvrit.
Devant moi se déployait comme un paysage magnifique, infini. Vert, grand, on aurait pu se croire lors d’un dimanche à la campagne, un après midi de printemps. Je savais que cela ne pouvait être qu’un effet de mon imagination. Mais cela m’était égal. Je voulais pénétrer dans ce jardin. Je voulais toucher chaque arbre, caresser chaque fleur et me laisser envahir par tout cet espace. Mais je n’arrivais toujours pas à bouger.

Soudain, je sentis comme une présence derrière moi. Une présence douce et flottante. Une présence chaude et apaisante. Je me laissais envahir par ces sentiments aux effets calmants. Je me sentais flotter dans les airs.
Un peu inquiète au début, je me laissais rapidement imprégner de cette sensation jusque là encore inconnue pour moi. Je survolais ce paysage merveilleux. J’emplissais mes poumons d’air frais et me laissais griser par le parfum ambiant. Comme prise d’un quelconque remord de profiter de l’opportunité de parcourir ce jardin du paradis, tel un oiseau ; je regardais en arrière. Je voulais voir une dernière fois ce que je quittais.
C’était petit, sombre. La lumière rouge continuait de briller dans un coin, un tout petit coin. Je fermais les yeux, hésitait quelques secondes et m’envolais haut, toujours plus haut avec pour seule limite l’espace et l’infini.

L’ascenseur descendit. La porte s’ouvrit. Deux jeunes hommes se précipitèrent vers une masse inerte. « Elle est morte ». Mr. B. ferma les yeux, soupira « Elle était claustrophobe, la pauvre ! »

Trackbacks

Aucun trackback.

Pour faire un tracback sur ce billet : http://rachel.debray.info/blog/tb.php?id=258

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Ajouter un commentaire

Un blog pour partager idées, lectures, films, humour, humeur et tant d'autres choses...

Bon okay, ma présence sur la toile en ce moment est assez sporadique, mais je tiens bon.
J'essaie de répondre à tous les commentaires (donc n'hésitez pas !), parfois avec beaucoup de retard ! (hum, désolée)
Et puis parce que c'est moi, parce que c'est vous aussi et parce que tout court

Depuis le 22/10/05

Visiteurs : 276648