L'histoire :
(4é de couv., Édition France Loisirs - ISBN : 978-2-298-00988-0)
Chez les Kanci, Turcs d'Istanbul, les femmes sont pimentées, aiment l'amour et parlent avec les djinn, tandis que les hommes s'envolent trop tôt - pour l'au-delà ou pour l'Amérique, comme l'oncle Mustafa.
Chez les Tchakhmakhchian, Arméniens émigrés aux États-Unis dans les années 20, quel que soit le sexe auquel on appartient, on est très attaché à son identité et à ses traditions. Le divorce de Barsam et Rose, puis le remariage de celle-ci avec un Turc nommé Mustafa suscitent l'indignation générale. Quand, à l'âge de 21 ans, la fille de Rose et de Barsam, désireuse de comprendre d'où vient son peuple, gagne en secret Istanbul, elle est hébergée par la chaleureuse famille de son beau-père. L'amitié naissante d'Armanoush Tchakhmakhchian et de la jeune Asya Kazanci, la "bâtarde", va faire voler en éclats les secrets les mieux gardés.
Avec ses intrigues à foison, ses personnages pour le moins extravagants et l'humour corrosif qui le travers, La bâtarde d'Istanbul enchevêtre la comédie au drame et le passé au présent. Un portrait saisissant de la Turquie contemporaine, des ses contradictions et de ses blessures.
Mon avis :
Ce roman ; qui se situe donc bien évidemment à Istanbul, ville cosmopolite et culturelle, dans une famille stambouliote composée de femmes sympathiques et disjonctées ; nous brosse le portait d'une Turquie contemporaine tiraillée entre traditions et modernité.
Si l'histoire peut sembler un peu rocambolesque et échevelée, Elif Shafak nous propose une galerie d'héroïnes cocasses. Elle nous propose aussi le choc d'une rencontre entre un peuple - celui de la Turquie ; dont la mémoire soigneusement effacée ne regarde que le futur, oubliant le passé et ses crimes ; et un autre - Celui de l'Arménie ; dont la souffrance, la rancune et l'hostilité se transmettent de génération en génération (parce qu'il ne faut pas non plus oublier !) sans recul, sans distinction et surtout sans concession.
Un roman qui noue histoire et regard sur l'avenir donc sans pour autant être un réquisitoire.
A savoir concernant ce roman, c'est son premier traduit en français, il a eu du succès aux Etats-Unis et lui a valu un procès retentissant en Turquie pour avoir : "insulté l'identité nationale" en évoquant le génocide arménien et "les bouchers turcs de 1915". Elle risquait une peine de 3 ans, mais a été, au final, relaxée.
Le fait qu'elle ait écrit ce roman en anglais entraîne également de nombreuses interrogations et incompréhension. (Mais on écrit dans la langue dans laquelle à ce moment là, pour ses idées là, on se sent le mieux). D'aucun en conclut que c'est pour se créer de la distance entre son sujet et elle.
Biographie de l'auteur :
Ne la connaissant même pas de nom avant de lire ce roman, j'ai donc décidé de creuser un peu.
Née en 1971 en France, à Strasbourg, sa mère - diplomate - lui a donc permis de voyager et de vivre notamment en Espagne. Aujourd'hui, auteur, journaliste, professeur d'université, elle se partage entre Istanbul et l'Arizona.
Au centre de son œuvre : les droits des femmes, la coexistence Islam et valeurs démocratiques occidentales ainsi que l'héritage cosmopolite de son pays (ce qui ressort notamment dans ce roman). Ses positions lui valent de régulières menaces de mort.
Selon Orhan Pamuk (prix Nobel de la littérature en 2006), Elif Shafak est "la plus grande romancière turc de ces dix dernières années" et est en train de devenir l'écrivain turc le plus célèbre du monde.
Ma conclusion finale :
Et si on lisait ce livre juste parce que des fois l'ouverture d'esprit, c'est aussi d'aller à la rencontre de quelque chose de différent, de nouveau, de se donner le droit ou la possibilité de se poser des questions. Parfois même sans réponse, immédiate.
Un livre moderne, actuel, qui se lit d'une traite, bien écrit avec humour, alliant comédie au drame, présent au passé.
A LIRE DONC, parce que tout ça et encore plus encore !